Accessibilité numérique depuis 2007

Catégorie : Témoignage

  • 3 questions à… Nathalie Alves, référente Facile à Lire et à Comprendre (FALC) chez Koena

    Logo FALC

    Ce texte est en FALC. Il a été validé par la référente de Koena, Nathalie Alves.

    (suite…)
  • Le time delay, kesako ?

    Vous avez sans doute déjà remarqué qu’il y a parfois un décalage entre les sous-titres et l’image sur certaines émissions diffusées à la Télévision. Rémy Dal Molin, responsable développement en accessibilité numérique de chez france.tv access a bien voulu répondre à nos questions.

    france.tv access est une filiale du groupe France Télévision. Cette équipe sous-titre l’intégralité des programmes diffusés par France Télévisions à destination des citoyens sourds et malentendants. Du sous-titrage pour les contenus du Web est aussi proposé.
    france.tv access est l’un de nos partenaires. Nous sommes régulièrement en contact avec Rémy Dal Molin.

    Quel rôle joue france.tv access dans le décalage constaté à l’antenne entre l’image et les sous-titres sur certaines émissions ?

    Notre rôle consiste à sous-titrer tous les programmes de France Télévisions. Mais nous ne sommes pas des diffuseurs. Nous ne sommes pas responsables de l’antenne. Nous délivrons une prestation. Pour répondre à votre question sur le rôle que nous jouons dans le décalage de l’affichage des sous-titres pour les émissions diffusées en direct, la réponse est : aucun.

    Comment expliquer ce décalage des sous-titres ?

    Précisons d’abord que le décalage des sous-titres concerne uniquement les programmes diffusés et sous-titrés en direct. Ce décalage, c’est le temps qu’il faut au sous-titre pour arriver sur vos écrans. Il est inévitable dès lors que l’on sous-titre en direct.

    Il y a d’abord le temps de décalage dû à la fabrication du sous-titre : le rédacteur vocal répète ce que la personne dit en direct, cela devient un texte, le correcteur corrige, valide et sa validation transforme le texte en sous-titre pour l’antenne. Tout cela prend entre 3 et 4 secondes. Ce temps-là est incompressible. Pour le temps restant, les 8 secondes supplémentaires de décalage, c’est l’architecture de diffusion qui est ainsi. Ce sont des problématiques d’antenne et d’acheminement du signal.

    N’y a-t-il pas une solution pour pallier ce problème ?

    Techniquement, si, il existe une solution : le time delay, ou le différé si vous préférez. Nous savons par les échanges que nous avons avec les associations et aussi par le service téléspectateurs que le public sourd et malentendant n’est pas satisfait de cette situation. Notamment pour les émissions d’information, les journaux, etc. C’est pour cela que nous sommes d’ardents promoteurs de cette solution depuis de nombreuses années. En quoi cela consisterait-il ?

    L’image (et le son) serait retenue une quinzaine de secondes pour qu’image, sons et sous-titres s’affichent ensemble. Dans les faits, avec les différences d’acheminement du signal par les différents fournisseurs d’accès, chacun d’entre nous a déjà pu constater que le direct n’est pas le même pour tous. Vous voyez Griezmann marquer un but quand vos voisins hurlent de joie sur leur balcon depuis déjà 30 secondes. Il est vrai que le différé pose d’autres problèmes. Mais suivre une émission en direct avec un besoin de sous-titrage et un sous-titre qui arrive 12 secondes après l’image, nous savons que c’est très, très difficile. Et cela aussi, ça pose problème.


    Texte : Rémy Dal Molin & Emma Jalis
    Illustration :
    Capture d’écran d’un extrait de l’émission « Ces entreprises qui misent sur les autistes » par France 2
    (11/02/2020)

  • Discrimination ordinaire : la parole à Adeline, dyslexique

    Le 14 octobre, 10h03 : Adeline Barthélémy, chargée de développement et des partenariats chez Koena, reçoit un mail. Il provient d’une directrice du Numérique Responsable d’une grande entreprise publique. Tout au long de l’article, nous l’appellerons “entreprise publique”. 

    Ce mail fait suite à une proposition d’accompagnement. Celle-ci ne souhaite pas travailler avec Koena. Ce genre de refus n’est pas problématique en soi. Quel est le problème alors ? Adeline, dyslexique, a été victime de discrimination ordinaire. Elle manquerait « de professionnalisme » en raison de ses « fautes » d’orthographe…

    La dyslexie

    Avant d’expliquer le contexte de la discrimination, définissons le handicap d’Adeline : la dyslexie. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la dyslexie est 

    un trouble spécifique de la lecture. Il s’agit aussi d’un trouble persistant de l’acquisition du langage écrit montrant de grandes difficultés de dans l’acquisition et dans l’automatisation des mécanismes nécessaires à la maîtrise de l’écrit (lecture, écriture, orthographe…).

    Les troubles DYS sont séparés en 6 catégories :

    • Dyslexie et dysorthographie : troubles spécifiques de l’acquisition du langage écrit ;
    • Dysphasie : troubles spécifiques du développement du langage oral ;
    • Dyspraxie : Les troubles spécifiques du développement moteur et/ou des fonctions visuo-spatiales ;
    • Troubles d’attention avec ou sans hyperactivité : troubles spécifiques du développement des processus attentionnels et/ou des fonctions exécutives ;
    • Les troubles spécifiques du développement des processus mnésiques : troubles de l’acquisition d’un souvenir (encodage), les troubles du maintien de ce souvenir à long terme (stockage), et les troubles de la réutilisation de l’information stockée (récupération) ;
    • Dyscalculie : troubles spécifiques des activités numériques.

    En France on parle de 6 à 8% de [personnes avec des] troubles dys. On peut dire que 4 à 5 % des élèves d’une classe d’âge sont dyslexiques, 3% sont dyspraxiques, et 2% sont dysphasiques. Aucune étude fiable n’a donné un chiffre des troubles DYS en France.

    D’après la Fédération Française des DYS (FFDys)

    Les échanges avec l’entreprise publique

    Le premier contact entre Adeline et l’entreprise date du 9 septembre 2021. À la suite de ce rendez-vous, notre chargée de développement et des partenariats a envoyé un devis pour un audit. L’entreprise a finalement choisi de travailler avec une autre société. La politique qualité de Koena nous amène à toujours demander les motifs du refus pour améliorer en continue nos offres. Adeline a donc pris contact pour connaître les raisons pour lesquelles notre offre n’avait pas été retenue. Voici le mail de réponse qu’Adeline a reçu  :

    Honnêtement, j’ai trouvé que votre présentation manquait de professionnalisme. Je trouve le ton des échanges peu approprié et les efforts portés sur la forme insuffisants (cf. les fautes d’orthographe de votre précédent mail).

    Extrait du mail de la directrice du Numérique Responsable de l’entreprise publique

    Or il se trouve qu’Adeline prévient toujours ses interlocuteurs de sa dyslexie, et des éventuelles fautes d’orthographe qui vont avec, avec une petite phrase accompagnant sa signature, comme suit :

    Adeline BARTHÉLÉMY
    Chargée de développement et des partenariats

    P.S. : je suis dyslexique et utilise la dictée vocale pour dicter mes messages écrits. S’il manque un mot ou si vous constatez des coquilles qui rendraient le message peu compréhensible, n’hésitez surtout pas à m’en parler ! 🙂

    Signature mail d’Adeline

    Un parcours similaire

    Pauline Delahaye, titulaire d’un doctorat en sciences humaines et ancienne salariée de Koena, est dyslexique. Nous l’avons tenu informée des échanges de mails avec la directrice du Numérique Responsable de l’entreprise publique. Pauline a subi des discriminations similaires à celle d’Adeline :

    Quand je fais des présentations de mes travaux, je ne peux pas me contenter des notes sur le Power Point. J’ai besoin de créer ma mise en page avec des écritures que je choisis et des majuscules en couleur. Il y a un côté assez humiliant parce qu’on a une culture dans laquelle on lie l’écriture et la lecture avec le professionnalisme voire même l’intelligence. J’ai eu de la chance d’être bien entourée par ma directrice de thèse notamment. Elle relisait mes travaux. Maintenant que je travaille sur l’ordinateur, c’est le correcteur orthographique qui m’aide.

    Pauline Delahaye, docteure, chercheuse à l’université de Tartu, Estonie

    3 questions à Adeline Barthélémy

    Koena décide de mettre en lumière ce mail pour éveiller les consciences sur la discrimination ordinaire liée à l’orthographe, et sensibiliser sur la dyslexie. En 3 questions, Adeline se confie suite aux échanges avec l’entreprise publique :

    La dyslexie affecte-t-elle ton quotidien professionnel ?

    Il y a des périodes où je suis + fatiguée. Quand je dois amasser beaucoup d’informations et être réactive avec un prospect, j’utilise ma commande vocale pour les mails. Je veux aussi faire l’effort d’écrire même si je fais des fautes d’orthographe. Aujourd’hui, j’assume pleinement mon handicap et ma dyslexie : c’est noté dans ma signature mail. Le fait d’avoir écrit une phrase en signature m’enlève une pression et un jugement d’une personne qui pourrait se dire « Elle ne sait pas écrire » ou « Elle ne parle pas bien Français » alors que c’est lié à mon handicap. J’ai eu des retours de prospects qui appréciaient la démarche. Ils sont donc bienveillants concernant mon écrit.

    Il y a 10 ans, je ne savais pas qu’il y avait des logiciels adaptés aux personnes dyslexiques. J’avais surtout peur du jugement des employeurs. En tant que dyslexique, c’est beaucoup de fatigue et de concentration pour faire un mail. Je n’ai pas trouvé une entreprise, jusqu’à Koena, qui a accepté mon handicap et qui me donne les bons outils pour pouvoir travailler. J’ai eu connaissance que la dyslexie est un handicap seulement depuis 2018. Je n’ai pas peur d’écrire, mais il me faut un aménagement de poste. Maintenant, je ne me cache plus pour ne plus être en difficulté.

    D’après la directrice du Numérique Responsable de l’entreprise publique que nous évoquions, ton orthographe est négligée et tes mails manquent de professionnalisme. Qu’as-tu ressenti et fait suite à ce mail ?

    À la lecture du mail, j’ai ressenti de la tristesse. Je me suis sentie comme une serpillière, une moins que rien. Ces quelques lignes m’ont beaucoup affectée parce que la directrice du Numérique Responsable n’a pas hésité à me renvoyer à ma dyslexie et c’est plus facile de juger les défauts d’une personne que ses qualités. Suite à ce mail, j’étais incapable d’avoir des bons arguments face à cette discrimination. Je suis donc allée voir Armony Altinier, la fondatrice de Koena, pour répondre de manière professionnelle.

    Afficher ces informations sur le site de Koena peut faire changer les mentalités des employeurs face à une personne en situation de handicap. Il suffit d’adapter le poste, mais on préfère discriminer. J’ai été amenée à penser que cette entreprise publique n’accepte pas la différence et le handicap. Je suis en situation de handicap, je l’indique et je n’ai pas à rentrer dans une case. La société n’aide pas les personnes en situation de handicap.

    Pour conclure, quel serait le mot de la fin pour les autres personnes dyslexiques qui nous lisent et connaissent les mêmes difficultés que toi ?

    Trouvez votre mode de fonctionnement parce que chaque dyslexie est différente, testez des logiciels pour trouver la commande vocale qui vous correspond, renseignez-vous sur l’adaptation de poste et assumez pleinement votre handicap pour être à l’aise sur votre poste. Vous ne devez pas avoir honte, mais être transparent avec votre employeur. Il ne faut pas se décourager !